Comment les toques noires choisissent leur nouveau bâtonnier à Lyon

Comment les toques noires choisissent leur nouveau bâtonnier à Lyon

Sans risquer de concurrencer Marmor qui entend la voix des astres, on peut l’annoncer dès maintenant : le prochain bâtonnier de Lyon s’appellera Farid Hamel, son vice-bâtonnier Pierre Gambazzi.

Ils seront élus le 30 mars prochain au premier tour. Un concurrent aura probablement essayé de se présenter contre eux : Patrice Cossalter, décrit un peu comme une tête brûlée. Il aura sans doute atteint le score d’un Philippe Poutou.

Mais comment sont choisis les bâtonniers ? Les rumeurs les plus folles circulent : ils sont adoubés par les anciens, ils sont propulsés par leur syndicat... Certains voient même la main de la franc-maçonnerie dans la culotte des urnes. "Pfft, se marre un témoin, il doit y avoir une cinquantaine d’avocats francs-maçons, pas plus". Effectivement, sur 3 200, ça ne fait pas beaucoup. Mais ça prouve quand même que le témoin est bien renseigné.

 

La franc-maçonnerie n’est qu’un réseau parmi d’autres, au même titre que le Rotary, le Lion’s Club et tous les clubs plus ou moins folkloriques qui fleurissent à Lyon. Ils intéressent essentiellement les avocats d’affaires qui ont besoin de relationnel pour rencontrer leurs clients. Quant aux syndicats, il y en a deux : le Syndicat des Avocats de France, classé à gauche, et regroupant les "judiciaires", ceux qui plaident ; et l’ACE, Avocats Conseils d’Entreprise, qui regroupe les exconseils juridiques, classé ni à gauche ni à gauche. Sans oublier l’Union des Jeunes Avocats à qui on demande simplement d’avoir moins de 40 ans. Donc : trois.

 

Farid Hamel est judiciaire, Pierre Gambazzi avocat d’affaires, les deux branches de la profession sont donc représentées. Pour autant, le faible taux de syndicalisation, plus encore que celui des salariés (entre 5 et 10 %) ne permet pas aux organisations professionnelles de susciter des candidatures. Tout au plus peuvent-elles les soutenir.

Les candidats s’auto-suscitent, donc.

 

Ensuite l’usage veut qu’ils aillent faire la tournée des anciens bâtonniers pour recueillir... leur avis ? Leur bénédiction ? En tout cas il paraît clair qu’un candidat qui ne reçoit pas l’approbation des anciens ne prend pas le risque d’y aller (sauf Cossalter, bien sûr). L’ex-bâtonnier Adrien-Charles Dana confirme que les anciens vont bien jusqu’à inspirer des candidatures. D’abord parce qu’elles ne se bousculent pas au portillon de Lyon, compte tenu de la charge de travail, un équivalent plein temps. Il faut préparer le candidat. "On réfléchit 5 ou 6 ans à l’avance", ce qui lui permet de prédire à propos de candidatures féminines : "il y en aura une qui viendra". CQFD.

 

Le mode de scrutin est électronique. Chaque avocat reçoit de la part du conseil de l’ordre un mot de passe et une clé numérique. On peut donc voter de n’importe où, voire du même endroit. Car les avocats ont inventé une nouvelle forme de secret des urnes : on peut ne pas savoir pour qui on a voté. Dans les gros cabinets d’affaires, on confie toutes les clés à une seule personne qui vote pour tout le monde. Comment on en est sûr ? Là encore Adrien-Charles Dana est formel : quand on voit 30 ou 40 votes effectués dans la même demi-heure avec la même adresse IP, on sait à quoi s’en tenir.

 

Le bâtonnier élu en mars entrera en fonction le 1er janvier suivant, pour deux ans, le temps d’effectuer le passage de relais. Il touchera une indemnité de 120 000 euros par an à répartir entre lui et le vice-bâtonnier. De quoi embaucher un collaborateur pendant la durée du mandat. Car au dire des anciens bâtonniers Pierre-Yves Joly et Myriam Picot, les conséquences sur la marche du cabinet pendant le mandat sont importantes.