Najat Vallaud-Belkacem : bilan d'étape de frontières traversées

Pile 5 ans après son Raison de plus, Najat Vallaud-Belkacem sort un livre de fin de quinquennat.

De la fantaisie optimiste de Raison de plus (paru en mars 2012), il ne reste pas grand-chose. La lecture attentive de La vie a plus d'imagination que toi permet certes de reconnaître la persistance d’une légère obsession autour de Nicolas Sarkozy, seule personnalité politique qui apparaisse dans ce nouveau texte, parfois nommément ("ces années de sarkozysme triomphant si dévastatrices pour les liens sociaux"), parfois à peine dissimulée ("ce discours qui mesure la réussite au seul symbole qu’il convient d’arborer à son poignet avant la cinquantaine"), parfois carrément subliminal ("l’école, c’est du sérieux").

 Le lecteur des deux ouvrages retrouve aussi dans celui de 2017, cinq ans de ministères plus tard, un peu de l’ancien goût pour l’espoir ("les occasions de se réjouir n’ont pas manqué durant ces cinq ans").

Mais pour le reste, le ton s’est fait beaucoup plus grave.

 

Présenté par la presse comme un ouvrage de confidences, La vie a plus d’imagination que toi, n’en contient en fait pas de quoi rassasier un lecteur à tendance people. Quelques lignes d’hommage à l’amour de son mari né dans une bibliothèque de la rue Saint Guillaume à Sciences-Po, plus le rappel trois fois de suite des regrets d’une mère d’avoir si peu lu PomeVerte et Mauve de Marie Desplechin à ses deux jumeaux.

 

Mais La vie a plus d’imagination que toi ravira au contraire ceux qui le prendront comme un témoignage passionnant - quoique parfois un peu rapide - des efforts faits par une ministre si inattendue pour échapper aux contradictions de la pratique de la politique sous le feu impitoyable des réseaux sociaux et des médias. Rappelant la violence qui s’est exercée à son encontre plus souvent que les encouragements qu’elle a reçus, Najat (ne pas rajouter de "d"  à la prononciation) Vallaud-Belkacem a de toutes ses forces cherché à faire mentir l’idée commune selon laquelle "les responsables politiques ne servent à rien et sont responsables de tous les maux". Cela passait par faire que la France soit vraiment ce "pays magique" qu’elle imaginait au Maroc de ses 4 ans.

 

Comment transformer son pays d’accueil ? Comment faire que les citoyens fassent de nouveau confiance aux politiques menées au lieu de chercher à les contourner (au besoin même par SMS à la ministre pour obtenir une place pour un fils dans le prestigieux lycée Louis-le-Grand) ? Comment lutter contre l’intime peur de chacun - parents et enfants- celle  qui fait penser que "la réussite collective entraîne la défaite individuelle" ? Comment obtenir que les adversaires de ses réformes… "ceux qui l’accusent de vouloir l’égalitarisme à tout prix reconnaissent que ce qu’ils entendent eux par "ne pas traiter tout le monde pareil"  c’est donner plus à ceux qui ont déjà plus" ?

 

Faute d’avoir obtenu ce changement en chacun, l’auteure de la Vie a plus d’imagination… promène le lecteur sur les autoroutes d’une vie de ministre confrontée à "l’inertie devant la difficulté" puis à la rencontre, sur les chemins de traverses de ses cinq années, des projets qu’elle a tenté de porter, comme ces 6.000 hommes et femmes qui font "sa" réserve citoyenne (des parents prêts à aider les enseignants) "un des plus beaux bébés que j’ai aimé offrir à l’école. Et à notre pays".

 

En 2022, finissant peut-être un premier mandat de députée de Villeurbanne, Najat Vallaud-Belkacem écrira la suite de cette vie inattendue, agitée mais gaie, malgré tout.

 

@lemediapol


Rédigé dans Politique le 05/03/2017 à 11h59

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