Vaugneray : des remblais plus ou moins sauvages

C’est l’histoire d’une taupinière qui pousse dans les champs à Vaugneray dans le Rhône.

Trois sites exactement : La Girardière, Le Martin et Les Côtes. On y voit des tumulus géants ressemblant à d’énormes sarcophages jusqu’à six mètres de haut. Les riverains décrivent des norias de camions venant des chantiers de la Métropole de Lyon déverser des remblais dans des décharges presque légales, surtout en fin de journée. Et puis d’autres attelages qui passent plus inaperçus car formés de tracteurs et de remorques. Ce ne sont pas des paysans, pourtant. Ils transportent eux aussi du remblai, mais pour moins cher car les véhicules "destinés à l’exploitation agricole ou forestière", ne paient pas de taxe à l’essieu.

 

Parmi les fournisseurs, on cite le chantier de la clinique Les Presles de Pollionnay, déplacée à Sainte-Foy-lès-Lyon : 2 500 camions de dix mètres cubes chacun. Il faut bien les mettre quelque part. Le maire de Pollionnay avait refusé de les recevoir sur sa commune. Daniel Julllien, son collègue de Vaugneray ne s’est pas donné la peine de se poser la question. L’activité doit être lucrative. Le site de la Fédération du bâtiment indique que le tarif du stockage se situe entre 1 et 8 euros la tonne. Un mètre cube de terre pesant environ 1,25 tonne, le chantier de Pollionnay a pu rapporter entre 31 250 et 250 000 euros.

 

Évidemment, entreposer des quantités pareilles de terre ou de gravats, ou de quoi que ce soit d’autres, n’est pas sans conséquences. Les riverains ont noté de curieux écoulements par temps de pluie. L’eau peut prendre des couleurs étranges, quelquefois fortement irisées, comme pour signaler la présence d’hydrocarbures. Lors de fortes averses, des écoulements de boue ont même traversé la route, provoquant des accidents. Une coulée de terre a aussi dévalé contre une maison.

 

Les associations environnementales s’en mêlent. La FRAPNA relève que La Girardière est classée en zone ZNIEFF 1 ce qui, avec un bon dictionnaire des acronymes devient : Zone d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique. Et alors ? Cela veut dire qu’elle est surveillée de près par des bureaucrates tatillons parce qu’elle abrite l’habitat d’une espèce protégée. En l’occurrence l’engoulevent d’Europe, et là c’est la Ligue de Protection des Oiseaux qui parle. Cela suffirait largement à bloquer un projet d’autoroute, mais pas les pelleteuses des remblayeurs. Sur le lieu-dit Saint-Martin, la FRAPNA et la LPO notent la présence de trois retenues d’eau réalisées par le propriétaire en complète illégalité.

 

Problème : la présence d’eau à proximité d’une zone de stockages de déchets inertes est strictement interdite à cause des risques de contamination. Justement, on y a observé la présence de "ferraille, plastique, pneus" ressemblant assez peu à des terres agricoles. De même aux Côtes, également classées ZNIEFF, le remblai serait situé au-dessus d’un réservoir d’eau. Enfin, dans le courrier que les deux associations environnementalistes ont adressé à la préfecture le 3 novembre dernier, elles notent que ces chantiers à nu sont propices à la propagation de plantes invasives comme l’ambroisie. Mais tout va bien. On ne sait pas exactement ce que contiennent ces monticules, mais le maire ne s’en inquiète pas outre mesure.

 

Pendant que d’autres remuent la terre, Jullien préfère jouer la taupe : il ne voit rien à redire. Sollicité par l’Association des Consommateurs d’Eau du Lyonnais, il répond que les remblais, tant qu’ils ne dépassent pas deux mètres de haut, peuvent être considérés comme de simples rehaussements de terrain et n’ont pas besoin d‘autorisation spéciale. Et quand ils les dépassent ils relèvent de la responsabilité de la préfecture. Contacté par téléphone, Daniel Jullien affirme qu’il ne peut pas faire grand-chose.

 

Un peu rapide sans doute car le premier magistrat a pouvoir de police sur son territoire, ainsi que l’a montré le maire de Pollionnay. Le décret ministériel du 12 décembre 2014 soumet les zones de stockage des déchets inertes à un enregistrement en préfecture. Il notifie aussi un certain nombre d’obligations : l’interdiction de certains déchets comme l’amiante et les hydrocarbures, le tri sélectif et la valorisation de tout ce qui peut l’être, la traçabilité, la surveillance du site. Et, bien sûr, le respect des réglementations notamment en matière de plan local d’urbanisme.

Dans un courrier communiqué aux associations en janvier dernier, la préfecture ordonne aux gestionnaires de remblais sauvages, soit de stopper toute activité et de remettre les lieux en état, soit de se mettre en conformité avec la loi avant le 20 mars prochain. Manifestement, l’activité n’est pas interrompue. Quant à la mise en conformité, on est impatient d’en voir les preuves.

 

L’association des consommateurs d’eau a reçu le soutien formel de Christophe Guilloteau, président du Département, qui "partage entièrement (votre) inquiétude". Mais pour l’instant il se contente d’espérer "que la préfecture donne une suite favorable".


Rédigé dans Environnement le 06/03/2017 à 07h37

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