Rhône : Un crime prescrit à cause d’une plainte perdue ?

Les accusés dans une affaire de meurtre pourraient échapper à la Justice. La faute à un dossier de plainte purement et simplement perdu par les tribunaux de Villefranche et Chalon-sur-Saône.

Les faits remontent à 2001. C’est à cette époque que Mohamed Abdelhadi, 27 ans, disparait. "Il est venu le 9 décembre à la maison pour voir ses frères et sœurs confient Rachida et Naouel, ses sœurs. C’était un jour de Ramadan." Depuis, plus aucune nouvelle.

 

Certains éléments mettent rapidement la puce à l’oreille cette famille composée de neuf enfants. "Il avait dormi chez un copain, Xavier. Mais il a laissé chez ce copain des affaires personnelles dont il ne se serait jamais séparé." Très vite, la famille se mobilise. Des affiches sont placardées partout en ville à Villefranche, ainsi que dans les environs. Un détective privé est engagé, mais sans résultat.

 

De leur côté, les autorités se montrent prudentes. Rachida se souvient d’un fonctionnaire lui expliquant que l' "on ne recherche pas un majeur. La seule chose que l’on peut faire, c’est lui dire lors d’un contrôle que sa famille le recherche." Une simple "recherche dans l’intérêt des familles" (une procédure disparue depuis) est malgré tout engagée.

 

Mais rien n’y fait, Mohamed demeure introuvable.

 

 

Une affaire à rebondissements

 

Quelques années plus tard, l’affaire refait surface. "En 2005, une jeune fille avec qui Mohamed est allé à l’école primaire jurait par tous les saints de l’avoir vu, cheveux teints" confie Rachida. Avant d’ajouter que lorsque que le témoin l’aurait interpellé, Mohamed aurait simplement répondu "tu m’as pas vu." Le témoignage est pris au sérieux par les forces de l’ordre. L’hypothèse retenue, contre l’avis de la famille, est donc celle de quelqu’un qui aurait voulu refaire sa vie.

 

Trois ans plus tard, en 2008, une amende de la SNCF au nom de Mohammed Abdelhadi s’ajoute au dossier et tend à confirmer la thèse retenue par la police. De leur côté, Rachida et sa sœur Naouel expliquent ne pas croire à celle-ci et penche pour un usage frauduleux des papiers de Mohamed, notamment en raison de l’orthographe du prénom.

 

La même année, Rachida explique qu’ "une policière a eu de la peine pour leur mère et leur père. Ils ont alors été reçus dans un bureau pour déposer une plainte pour « disparition inquiétante. »" Problème, ladite plainte a disparu des tribunaux.

 

Commence alors une longue attente. Rachida et Naouel disent avoir recherché leur frère partout : "On dévisageait tous ceux qui ressemblaient à Mohamed. J’ai même eu l’impression de le voir sur les ramblas à Barcelone."

 

 

Une dénonciation relance l’affaire

 

En 2016, une jeune femme se présente à la gendarmerie. Elle y raconte alors le meurtre d’un homme. L’enquête établit que la personne décédée n’est autre que Mohammed Abdelhadi. Un père, Patrick D. et ses deux fils Jérôme et Christophe, sont alors mis en cause. Tout-trois avouent les faits. Le père est alors écroué pour meurtre alors que ses deux fils, dont l’un l’était mineur lors des faits, sont placés sous contrôle judiciaire pour complicité et recel de cadavre.

 

Le secret était devenu trop lourd à porter pour la jeune femme à l’origine de la dénonciation, une proche de la famille des suspects.

 

Mais le mobile du meurtre demeure trouble. Les accusés mettent en avant une banale histoire de vol d’un Walkman au domicile de la famille. Mohamed s’étant rendu à plusieurs reprises dans la famille D., connaissant le fils cadet Christophe. Une version que réfute Rachida : "mon frère, c’est pas un voleur. Explique-t-elle. Il y a une autre hypothèse" selon l’ainée de la fratrie Abdelhadi. Une hypothèse qui pourrait inclure une histoire de drogue.

 

 

Une procédure judicaire qui pourrait ne pas aboutir

 

En attendant, il se pourrait que l’affaire ne passe jamais devant les tribunaux. Le délai de prescription de 10 ans (qui est récemment passé à 20 ans) est en effet dépassé. Et c’est l’argument qu’avance l’un des avocats de la défense.

 

Mais ce délai de prescription peut en revanche être reporté, si un "acte interruptif" est avéré. Condition que la plainte déposée en 2008 pourrait remplir. Mais il se pourrait que les simples traces informatiques restantes suite à la disparition de celle-ci ne suffisent pas à faire valoir l’argument.

 

Un délibéré sera rendu le 13 avril prochain par la Cour d’appel pour décider si oui ou non le délai de prescription est dépassé.

 

Dévastées par des années de lutte, Rachida et Naouel disent aujourd’hui être "en colère". Elles estiment que les coupables doivent être condamnés pour ce qu’ils ont commis. Elles assurent être prêtes à continuer le combat : "Si la prescription est retenue, on est loin de s’arrêter. On ira en cassation, devant la Cour européenne des droits de l’homme, on attaquera l’État pour négligence, … On est prêtes à tout" confient-elles.

 

Pour alerter l’opinion publique et éventuellement faire pression, elles ont par ailleurs mis en ligne une pétition, disponible sur la plateforme change.org.

 

Angoissée à l’idée que les poursuites puissent être abandonnées, Rachida craint la décision de la Cour d’appel. Pour elle, "Si la Justice prescrit le meurtre, c’est tuer [son] frère une seconde fois."

 

Valentin d'Ersu


Rédigé dans Justice le 04/04/2017 à 18h00

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